Ami vaut mieux qu’argent. Iouri Milner, lui, possède les deux. Ce Russe, encore inconnu il y a trois ans, s’apprête à toucher le jackpot grâce à Facebook, le réseau social aux 901 millions d’utilisateurs. La plus importante introduction en Bourse de l’histoire d’Internet devrait rapporter à son fonds, Digital Sky Technologies Global, la modique somme de 4,6 milliards de dollars. Pas mal pour un ancien étudiant en physique des particules qui, à la fin des années 1980, livrait des ordinateurs dans toute la capitale russe pour quelques milliers de roubles.
De l’université de Moscou à la reprise d’une fabrique de macaronis, l’homme au crâne dégarni et au regard sombre a gravi bien vite les échelons du succès. Jusqu’à ce coup de maître, digne des grands joueurs d’échecs, un jeu qu’il affectionne. A force de persuasion, il a réussi à convaincre Mark Zuckerberg, le PDG et cofondateur de Facebook, de le laisser investir, dès 2009, dans sa start-up. « Je peux vous assurer que ce n’était pas chose facile. Son fonds était alors inconnu dans la Silicon Valley, il n’est pas américain, et d’autres prétendants se bousculaient au portillon », note un connaisseur. Sa première tentative s’est d’ailleurs soldée par un échec. L’ancien directeur financier du réseau social, Yu Gideon, l’éconduit poliment. Epaulé par Alexander Tamas, un ancien de la banque d’affaires Goldman Sachs, Milner saute aussitôt dans un avion pour se rendre à Palo Alto. Sa ténacité va porter ses fruits. Au bout de plusieurs mois de négociation intense, DST Global parvient à prendre 2 % de l’entreprise pour 200 millions de dollars.
Une telle mise détonne dans le petit milieu des affaires. « Beaucoup de dirigeants des grands fonds américains ont pensé qu’il était fou. Aujourd’hui, tous ont changé d’avis », raconte Sebastian Siemiatkowski, PDG du service de paiement électronique Klarna, dans lequel Iouri Milner a pris aussi une participation. La transaction valorise alors Facebook à un prix stratosphérique, soit 10 milliards de dollars. Surtout, le Russe ne demande rien en retour. Ni siège au conseil d’administration ni actions préférentielles. « Il a été très intelligent, estime Loïc Le Meur, organisateur de l’événement annuel LeWeb, à Paris. C’est un personnage discret, qui investit très tard dans des sociétés à forte croissance afin de minimiser la prise de risque. Quitte à payer un ticket d’entrée élevé. »
Des millions d’amis et une place dans la Silicon Valley
Pour parvenir à ses fins, Milner a mis au point une tactique risquée, qu’il répétera plus tard, mais qui se révèle payante. De San Francisco, ce taiseux – soucieux de maîtriser son image – explique au téléphone comment il a joué et gagné. En deux temps. Il a d’abord proposé aux salariés d’acheter une partie de leurs titres, leur permettant d’engranger rapidement de l’argent, jusqu’à 1 million de dollars. Il s’est ensuite appuyé sur son expérience passée en tant que PDG pour convaincre Mark Zuckerberg. « Iouri comprend les entrepreneurs, il n’agit pas en simple banquier », précise Sebastian Siemiatkowski. Milner a longtemps dirigé Mail.ru. La société, dont il vient de quitter la présidence au mois de mars, possède une longue expérience des réseaux sociaux au travers d’Odnoklassniki et Moi Mir (sans compter une participation de 40 % dans VKontakte). Autrement dit, les trois plus grands concurrents de Facebook en Russie.
Facebook : le plus grand réseau social
Date de création: Février 2004.
Chiffre d’affaires: 2011 3,7 milliards de dollars.
Bénéfice net: 1 milliard de dollars.
Salariés: 3 539.
Plus grand réseau social au monde avec 901 millions d’utilisateurs actifs. S’il était un pays, ce serait le troisième au monde après la Chine et l’Inde.
Nombre de photos téléchargées par jour: 300 millions.
Chaque utilisateur compte en moyenne 130 amis.
En finançant la star de Menlo Park, sa réputation s’étend aux Etats-Unis. A mesure que l’entreprise gagne des amis par millions, lui s’invite au capital d’autres stars montantes du Web américain, à coups de centaines de millions de dollars. Du spécialiste des jeux communautaires Zynga au site de coupons de réduction Groupon, du service de micro-blogging Twitter au réseau professionnel LinkedIn, tous lui ouvrent leurs portes. Le Russe se fait rapidement un nom aux Etats-Unis. Avant lui, un seul fonds étranger était parvenu à cet exploit : le japonais Soft-Bank, présidé par Masayoshi Son. L’actionnaire de Yahoo!, du site de courtage ETrade et du service de vidéo Ustream a fait fureur au début des années 2000, mais il a depuis réduit sa voilure pour se recentrer sur le marché nippon. Tout l’inverse de DST.
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Excentrique, brillant et arrogant

